Dans les coulisses du portrait d’Yves Thuriès, maître chocolatier

Découvrez le making of du portrait d'Yves Thuriès, double Meilleur Ouvrier de France, réalisé à Cordes-sur-Ciel au cœur de son musée.

Manuel Huynh
Photographe portraitiste, Toulouse

Mis à jour le 30 octobre 20262 min de lecture

Yves Thuries dans son Musée des Arts du Sucre et du Chocolat

Le contexte
Les éditions Privat m’ont confié un reportage de fond de huit mois pour un livre au format 31 x 25 cm sur les Compagnons du Tour de France. C'est dans ses locaux de Cordes-sur-Ciel, dans le Tarn, que j'ai eu l'opportunité de photographier Yves Thuriès, double Meilleur Ouvrier de France la même année — un exploit inédit en cuisine comme en pâtisserie-confiserie. Réaliser ce portrait représentait un défi stimulant, d'autant plus que le temps imparti pour cette séance était particulièrement restreint.

Le choix du décor : s'imprégner de l'univers du chef

Face à un emploi du temps très chargé, il a fallu prendre des décisions rapides dès mon arrivée. Pour donner du sens au portrait, il était essentiel de placer Yves Thuriès dans un environnement qui reflète son parcours et sa passion.

Une repérage express du Musée des Arts du Sucre et du Chocolat, situé sur place, m'a immédiatement convaincu. Ce lieu abrite des pièces montées impressionnantes et des sculptures monumentales en sucre et en chocolat, réalisées par le chef et ses équipes. C'était l'écrin idéal pour raconter son histoire en une seule image.

La contrainte technique : apprivoiser le verre et la lumière

Travailler dans un tel environnement pose néanmoins de vrais défis en matière d'éclairage. Les œuvres sont exposées derrière de nombreuses vitrines qui se comportent comme d'immenses miroirs. La lumière naturelle traversant les fenêtres et le déclenchement de mes propres flashs généraient de multiples reflets parasites susceptibles d'altérer la lisibilité de la scène.

Pour surmonter cet obstacle sans perdre de temps, la rigueur technique était indispensable :

  • Ajustement précis des trépieds et des angles de prise de vue pour orienter la réflexion des flashs hors de l'axe de l'objectif.
  • Mise en place de réflecteurs noirs (coupe-flux) pour bloquer la lumière ambiante indésirable provenant des surfaces vitrées environnantes.
  • Équilibrage de l'exposition pour conserver des détails à la fois sur le visage du chef et sur ses réalisations en arrière-plan.

Restituer l'humain derrière le prestige

L'objectif final n'était pas seulement de réaliser une image techniquement propre, mais d'obtenir un portrait authentique. Malgré la brièveté de la séance, la simplicité et la concentration du chef ont permis d'installer rapidement une relation de confiance.

En maîtrisant le décor et la lumière, j'ai pu me concentrer sur l'essentiel : l'expression, le regard et la posture d'un artisan d'exception au milieu de ses créations.

Conclusion

Cette séance photo à Cordes-sur-Ciel rappelle à quel point la photographie de portrait en conditions réelles exige de l'adaptabilité. Entre contraintes de temps et complexité optique liée aux vitrines, chaque détail d'éclairage a eu son importance pour valoriser le sujet.

Photographier Yves Thuriès au milieu de ses créations fut un privilège. Une fois les contraintes techniques maîtrisées, il ne reste plus que l'essentiel : la rencontre avec un homme d'exception et la mise en valeur de son œuvre.

Questions fréquentes

Comment s'adapter sur le moment lorsqu'un planning serré ne laisse aucune place aux tests ?

C'est avant tout une question d'expérience : avec la pratique, j'anticipe très vite le positionnement idéal des lumières. Je réalise systématiquement un test rapide sur un assistant ou un membre de l'équipe avant l'arrivée du sujet. Ainsi, lorsque la personnalité s'installe, les réglages techniques sont déjà validés, me permettant de me consacrer pleinement à l'humain, à la posture et à l'expression.

Faut-il privilégier un portrait classique ou une approche plus créative ?

Il n’existe pas de réponse universelle. Un portrait sobre peut répondre à un besoin institutionnel, tandis qu’une approche plus affirmée peut mieux traduire une personnalité ou un univers professionnel singulier. Le choix dépend de l’usage prévu, de l’image que l’on souhaite transmettre et du parti pris du photographe.

Pourquoi utiliser des réflecteurs noirs plutôt qu'un filtre polarisant pour éliminer les reflets ?

Un filtre polarisant réduit efficacement les reflets sur le verre, mais il fait perdre de la lumière et ne fonctionne que sous un angle bien spécifique. L'utilisation de réflecteurs noirs permet de bloquer la lumière indésirable sans altérer la qualité optique ni perdre la puissance des flashs.

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Portrait de Manuel Huynh

Écrit par

Manuel Huynh

Photographe portraitiste à Toulouse, diplômé de l'École d'arts appliqués de Vevey. Plus de 30 ans à façonner la lumière, aujourd'hui au service du portrait en situation.

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